Shenaz Patel brise le silence autour des Chagos

Vèle Putchay de l'Express du 19 janvier 2005

Le dernier livre de l’écrivain journaliste, mêlant le réel à la fiction, agite le couteau dans la plaie. L’affaire Chagos refait surface. Les histoires romancées, s’inspirant du réel, dévoilent le silence coupable de certaines autorités.

Le silence des Chagos”. Tel est le dernier titre en date, après celui de Sensitive, que publie Shenaz Patel, notre consœur du Weekend, aux Editions de l’Olivier. Un livre pour la cause chagossienne, car les droits d’auteur seront intégralement reversés à l’Ilois Welfare Fund. Il s’agit d’une “humble contribution à la lutte légitime menée par les Chagossiens pour faire connaître le sort qui leur a été infligé au mépris du plus élémentaire respect pour leur personne,” comme le confie l’auteur elle-même, interpellée par l’histoire vraie de Charlesia, Raymonde et Désiré, à qui est par ailleurs dédié le livre.

L’histoire racontée trouve son origine dans un fait réel survenu il y a une vingtaine d’années. “J’ai été frappée, un jour, par des images vues dans les journaux, de femmes s’opposant avec véhémence à la police lors d’une manifestation à Port-Louis”, raconte-t-elle. Aujourd’hui, consciente du combat des Chagossiens et du rôle de l’écrivain qui n’est “peut-être pas seulement d’inventer des histoires mais aussi de ne pas laisser mourir celles qui existent déjà et qui demandent à être racontées pour ne pas sombrer dans l’oubli et le silence”, elle cherche à faire partager en immortalisant celles que lui ont confiées les trois protagonistes.

Ces trois histoires romancées se recoupent ici et là dans le récit narratif, symbolisées par exemple par le lien que chaque personnage entretient avec Nordvaer, le navire qui non seulement ramène les nouvelles mais qui est responsable également, avec la complicité d’une main convoiteuse, de les avoir déracinés sans jamais les rapatrier ni même leur laisser l’occasion d’inscrire dans leurs yeux une dernière image de leur île. Ces histoires symbolisent en réalité l’histoire commune de tous les Chagossiens. A travers elles, c’est tout le drame intérieur de ce peuple, déchiré par “la fermeture de l’île” et qui a vu mourir certains de chagrin tandis que d’autres devenaient des morts vivants, que dévoile l’auteur au monde. Un honneur certes, mais surtout le devoir d’une intellectuelle engagée dont la prise de position a engendré une écriture de situation qui, de la description des scènes de vie ordinaire à l’exil forcé, en passant par la déculturation et l’expérience d’une impossible identité, place l’interrogation sur le rapport entre l’efficacité politique et ses conséquences, entre la sécurité a priori internationale et le non-respect de l’individu, ou tout simplement entre les riches et les pauvres.

L’écriture, à l’aide des structures en abîme qui brisent l’enchaînement chronologique tout en respectant la causalité, oscille, au niveau de la construction romanesque, entre deux temporalités données – l’avant et l’après exil – projetant le lecteur tantôt dans le passé d’un Diego Garcia où régnait la paix, le bonheur, la joie simple d’un petit peuple qui sera brisé un beau jour par “la présence des hommes blancs portant des uniformes”, et tantôt dans la psychologie tumultueuse des Ilois déracinés et exilés dans une île Maurice qui résonne encore aux dix coups de canon célébrant la déclaration de son indépendance, évènement historique qui a fait flotter avec joie le quadricolore tandis que l’Union Jack était tiré vers le bas, mais qui serait aussi à l’origine du sort actuel des Chagossiens.

On ne peut toutefois s’empêcher de remarquer dans Le silence des Chagos la marque de l’écriture féministe de Shenaz Patel. Son personnage Charlesia, la femme au “fichu rouge imprimé sur fond bleu”, évolue dans un monde d’hommes, faibles, malades, incapables de subvenir aux besoins de la famille, incapables ne serait-ce par exemple que de soutenir par leur présence la femme sur le point d’accoucher. Ce qui explique la subjectivité qui domine une écriture dont la forme frôle bien un automatisme dû certainement à l’investissement profond et sincère de soi dans la souffrance d’autrui. Car, en effet, un même esprit, voire un langage plus ou moins uniforme, qui est celui de l’auteur inspiré de l’histoire réelle de ses personnages, plane sur la narration. C’est le discours moral et intellectuel d’un écrivain qui juge et dénonce l’injustice qu’à subie tout un peuple. Mais, sans doute, est-ce pour avoir eu trop de facilité à pénétrer l’esprit de ces Chagossiens, que notre auteur a su du coup trouver la seule voie possible pour briser le silence, pour dénoncer la condition chagossienne ?

D’un Diego Garcia des années 60 à une île Maurice des années 70, d’une Charlesia jeune et meurtrie qui ne cesse d’entendre l’appel de la mer et surtout de la terre lointaine à une Charlesia vieillie, passant la main à un jeune Désiré sur qui repose à présent la lutte pour la liberté, la sauvegarde du patrimoine et la perpétuité de la mémoire chagossienne, cette affaire est encore loin d’aboutir. Mais l’espoir est toujours là. L’espoir de pouvoir retrouver un jour ce bonheur que leur offrait jadis ce temps passé sur les cocoteraies, les sècheries, les calorifères, ces après-midi de pêche avant la bouillabaisse et ces soirées de séga les samedis.

 

 
     
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